Un homme à la mer (2018)

Un Homme.
Il est debout, il regarde : la plage, la mer.
La mer est basse, calme, la saison est indéfinissable, le temps, lent.
L’homme se trouve sur un chemin de planches posé sur le sable.
Il est habillé de vêtements sombres. Son visage est distinct.
Ses yeux sont clairs.
Il ne bouge pas. Il regarde.
La mer, la plage, il y a des flaques, des surfaces d’eau calme isolées.
Entre l’homme qui regarde et la mer, tout au bord de la mer, loin, quelqu’un marche.
Un autre homme. Il est habillé de vêtements sombres. A cette distance son visage est indistinct.
Il marche, il va, il vient, il va, il revient, son parcours est assez long, toujours égal.
Quelque part sur la plage, à droite de celui-ci qui regarde, un mouvement lumineux : une flaque se vide, une source, un fleuve, des fleuves, sans répit, alimentent le gouffre de sel.
A gauche, une femme aux yeux fermés. Assise.
L’homme qui marche ne regarde pas, rien, rien d’autre que le sable devant lui.
Sa marche est incessante, régulière, lointaine.
Le triangle se ferme avec la femme aux yeux fermés.
Elle est assise contre un mur qui délimite la plage vers sa fin, la ville.
L’homme qui regarde se trouve entre cette femme et l’homme qui marche au bout de la mer.
Du fait de l’homme qui marche, constamment, avec lenteur égale, le triangle se déforme, sans se briser jamais.
Cet homme a le pas régulier d’un prisonnier.

L’amour, Marguerite Duras

 

Note d’intention – Par Capucine Goust

Un homme à la mer s’inspire librement de L’amour, de Marguerite Duras, en en tirant les bases d’une dramaturgie de l’errance.

Sur scène, trois interprètes, trois silhouettes : une femme et deux hommes. La pièce tisse les relations entre ces trois personnes qui ne s’expriment, au commencement, qu’à travers quelques gestes, quelques mots lancés à voix basse.

La chorégraphie reprend l’aspect pictural des descriptions de Duras et son vocabulaire des sens. Je souhaite aborder différents passages de l’ouvrage sous forme de tableaux, d’images à développer, à travers ce qui fait pour moi la force de ce texte et qui fera la couleur de ma pièce : le rapport à l’espace, la place données aux caractères des personnages, leurs parcours émotionnels, les relations qui existent entre eux.

C’est la démarche initiée dès Tselem, ma première création que je poursuis à travers Un homme à la mer : la recherche d’une danse qui fait appelle à l‘intériorité pour exprimer la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l’immobilité. Un plateau nu, un jeu d’ombres et de lumières ou la confusion temporelle s’installe, entre situations passées, évènements présents et projections futures. Un temps suspendu, celui d’un échange, de la conquête d’un espace commun.

Cet espace, où des parcours se rencontrent, se lient et se délient, c’est aussi l’immensité d’une mer, d’une plage, toujours questionnée par le mouvement des vagues sans cesse répété. La mer efface. La marée recouvre.

Un homme à la mer est la quête d’un sentiment de liberté, de légèreté, de la nécessaire confiance en soi et en l’autre.

 

Chorégraphie, en collaboration avec les interprètes Capucine Goust / Interprétation Simon Bailly – Cyril Geeroms – Capucine Goust / Scénographie Lumière & Arrangement musical Alban Rouge 

Durée envisagée : 50 minutes

Production M.C.A.

Coproductions  L’Atelier à spectacle – Scène conventionnée de l’Agglo du Pays de Dreux / L’Hermine – Scène de territoire pour la danse – Sarzeau, Golfe du Morbihan – Vannes / Centre Chorégraphie National de Créteil – Direction Mourad Merzouki / Groupe de recherche polypoétique

Accueils Studio Micadanses, Paris / Le Carreau du Temple, Paris / Office culturel de Mauron

Avec le soutien de la DRAC Bretagne, dans le cadre de l’aide au projet

Avec le soutien de la Région Bretagne

Avec le soutien du Département du Morbihan

Avec le soutien du Groupe Caisse des Dépôts – Mécénat